L’année 2026 marque un virage historique pour le e-commerce international : après l’application de la taxe française sur les petits colis au printemps, c’est toute l’Union Européenne qui siffle la fin de la récréation ce 1er juillet en supprimant définitivement la célèbre franchise douanière des 150 €.
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Pourquoi la fin de la franchise sous 150 € ?
À l’origine, le concept de de minimis douanier est mis en place par l’Europe en 1983 pour répondre à une logique purement pratique : simplifier le travail des agents aux frontières. À cette époque, le commerce en ligne n’existe pas. Les seuls petits colis qui traversent les frontières sont des cadeaux envoyés par des particuliers ou de la vente par correspondance très marginale. Les douanes estiment alors que contrôler et taxer des objets de très faible valeur coûte plus cher en temps de travail et en paperasse administrative que ce que les taxes rapportent réellement à l’État.
En 2008, face aux premiers balbutiements des achats en ligne mondiaux et à l’augmentation des volumes, l’Union européenne prend une décision radicale pour éviter l’engorgement de ses ports et aéroports : elle relève massivement le seuil de franchise des droits de douane de 22 € à 150 €. Sous cette limite, les marchandises entrent sans payer de droits de douane. L’objectif est purement fluide et logistique. Toutefois, pour protéger le marché intérieur, la TVA reste en place pour dépassant 22€.
Le premier grand coup de frein à ce système intervient le 1er juillet 2021. L’Union européenne constate une perte fiscale colossale et décide de supprimer définitivement la franchise de TVA de 22 €. Dès lors, la TVA s’applique dès le premier centime d’euro d’achat, notamment grâce au système IOSS qui permet aux plateformes de la collecter directement lors du paiement en ligne. Cependant, pour ne pas asphyxier totalement la chaîne logistique qui doit déjà s’adapter, l’Europe choisit de maintenir provisoirement le seuil de minimis de 150 € pour les droits de douane.
Ce maintien des 150 € va rapidement créer une immense faille de sécurité et d’équité fiscale. Avec l’explosion de la fast-fashion et des places de marché asiatiques, le volume de petits colis explose pour atteindre 4,6 milliards d’envois dans l’UE en 2024. Les algorithmes des vendeurs étrangers s’adaptent et industrialisent la fraude : ils pratiquent le splitting (fractionner une commande de 300 € en trois colis de 100 € pour éviter la taxe) ou sous-évaluent systématiquement la valeur réelle des produits sur les étiquettes. Les rapports douaniers estiment que plus de 60 % de ces colis comportent des déclarations falsifiées, rendant le système intenable.
Pour rétablir une concurrence loyale avec les commerçants locaux et capter des recettes fiscales massives, les barrières tombent.
Le calendrier 2026 : De la taxe française au forfait européen
Pour les e-commerçants et les importateurs, l’année se découpe en deux temps : une phase nationale amorcée au printemps, et une harmonisation européenne majeure qui arrive ce 1er juillet 2026.

Mars à Juin 2026 : La Taxe « Petits Colis » (TPC) française
Introduite par la loi de finances pour 2026, elle s’applique depuis le 1er mars 2026. Son montant est de 2 € par article. Sont concernées les importations d’une valeur inférieure à 150 € et dédouanées en France.
Attention : Contrairement à ce qui est souvent indiqué dans la presse, la TPC n’est pas calculée par colis mais par catégorie de marchandises (SH6). Un seul colis peut donc générer plusieurs taxes.
- Exemple A : Un client commande 3 t-shirts identiques. Ils partagent la même classification douanière (une seule ligne sur la déclaration). Taxe = 2 €.
- Exemple B : Un client commande 1 t-shirt, 1 ceinture en cuir et 1 coque de téléphone. Ce sont 3 nomenclatures douanières différentes (3 lignes distinctes sur la déclaration). Taxe = 6 €.
Si vous avez d’autres questions, n’hésitez pas à consulter la FAQ des douanes françaises sur le sujet.
La France a délibérément choisi de créer cette taxe nationale de manière temporaire. L’objectif politique était d’agir immédiatement au printemps 2026 sans attendre le grand calendrier européen du 1er juillet.
La loi prévoit explicitement que la TPC française sera abrogée ou fondue dans le dispositif européen dès que le droit forfaitaire communautaire sera pleinement opérationnel.
À partir du 1er Juillet 2026 : Le Droit forfaitaire de l’Union Européenne
C’est le grand tournant. L’UE supprime définitivement l’exonération douanière sous les 150 € et met en place une taxe de 3 € par catégorie de produits. Sont concernées toutes les importations d’une valeur inférieure à 150 € et dédouanées dans l’UE.
Attention : Tout comme la TPC, le droit forfaitaire communautaire est calculée par catégorie de marchandises (SH6). Ce n’est pas une taxe « par pièce », mais par sous-position tarifaire (Système Harmonisé) présente dans le colis.
Si un colis contient 5 articles de la même catégorie (par exemple, 5 coques de téléphone en plastique), le forfait ne s’applique qu’une seule fois : 3 €. En revanche, si le colis contient 1 coque de téléphone (catégorie accessoires), 1 t-shirt (catégorie textile) et 1 crème visage (catégorie cosmétiques), le forfait se déclenche trois fois : 9 €.
Cette taxe forfaitaire de 3 € est une solution temporaire. L’UE l’a conçue comme une transition pour habituer les systèmes informatiques et les transporteurs avant le déploiement de la solution définitive. À partir de 2028, toutes les marchandises, même à 2 €, devraient être soumises au taux réel ou à un pourcentage fixe indexé sur la valeur.
Vous trouverez ci-dessous une fiche explicative

Quelles solutions de contournement ?
Dès l’annonce et la mise en place de la TPC française de 2 € en mars 2026, les géants du e-commerce et les logisticiens ont immédiatement cherché des failles.
Le détournement géographique de flux
C’est la stratégie qui a fait le plus de bruit au printemps 2026. La TPC étant une taxe purement française, elle ne s’appliquait que si la déclaration douanière simplifiée (H7) était déposée en France.
Les plateformes asiatiques ont massivement détourné leurs avions ou conteneurs vers des hubs logistiques d’autres pays de l’UE (comme la Belgique ou l’Allemagne) qui n’avaient pas encore de taxe nationale. Les colis y étaient dédouanés, puis acheminés par camion vers les clients français en tant que flux intra-communautaires, échappant ainsi à la taxe.
Face à cette fuite fiscale, le gouvernement français a publié un arrêté le 23 mars 2026. Ce texte élargit les pouvoirs des douaniers français, les autorisant à intercepter et contrôler la conformité des petits colis e-commerce circulant en France, même s’ils ont déjà été dédouanés dans un autre État membre.
A noter que ce contournement va s’éteindre de lui-même au 1er juillet 2026 puisque le droit forfaitaire de 3 € s’appliquera de manière uniforme sur l’ensemble du territoire de l’UE.
Le « Bulk Import » et le stockage de proximité
Puisque la taxe de juillet 2026 vise spécifiquement les petits colis en provenance de pays tiers, les grandes plateformes modifient radicalement leur modèle d’approvisionnement.
Plutôt que d’envoyer un million de petits colis individuels depuis l’Asie, les entreprises importent massivement par conteneurs entiers (flux B2B) vers des entrepôts situés à l’intérieur de l’UE (par exemple en Europe de l’Est).
À l’entrée dans l’UE, la marchandise passe sous le régime général des droits de douane (souvent compris entre 0 % et 12 % selon le produit). Pour les produits très bon marché, payer 5 % de droits de douane sur une cargaison globale coûte infiniment moins cher que de payer 3 € par article ou par catégorie sur chaque micro-colis. Une fois stocké en UE, le produit est expédié au client final sans aucune taxe douanière additionnelle.
En tant que professionnels, anticiper cette bascule du 1er juillet est indispensable pour mettre à jour vos conditions générales de vente (CGV), vos prix, et éviter les colis bloqués ou refusés par les clients à la livraison !



